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mercredi 14 février 2007, 10h06
CONAKRY (AFP) - Au moins quatre manifestants ont été tués mardi par les forces de l'ordre, au premier jour de l'état de siège décidé par le président guinéen Lansana Conté pour faire cesser la contestation de son régime qui a fait près de 110 morts depuis début janvier. Il s'agit des premiers incidents mortels depuis l'instauration de l'état de siège, lundi soir, qui a donné tous les pouvoirs à l'armée pour empêcher, selon le chef de l'Etat, une "guerre civile".
Cette dégradation de la situation a suscité les vives inquiétudes de la communauté internationale: le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a exprimé sa "préoccupation" et l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) a condamné "la répression meurtrière exercée par les forces de l'ordre" dans ce pays membre. De son côté, la Commission européenne s'est inquiétée de la "suspension des libertés fondamentales".
Le couvre-feu, initialement applicable 20 heures sur 24, a été allégé mardi soir, l'autorisation de circuler passant de quatre à six heures (de 12H00 à 18H00) pour les civils, a annoncé le chef d'état-major des armées Kerfalla Camara sur la Radio-télévision nationale. Les diplomates, organisations humanitaires et employés des sociétés d'Etat et mixtes bénéficient quand à eux d'une autorisation de circulation entre 8H00 et 18H00.
Dans la journée, plus d'un millier de personnes ont violé le couvre feu à Labé (nord), pour manifester dans la rue lundi en début d'après-midi, provoquant l'intervention des forces de l'ordre qui ont tué quatre personnes par balles, ont rapporté des témoins joints au téléphone depuis Conakry. A Dinguiraye (nord), trois personnes qui refusaient de rentrer chez elles pendant le couvre-feu ont été blessées par un militaire qui a été ensuite battu et grièvement blessé par des habitants en colère, selon des témoins.
Les violences de mardi portent à 108 le nombre de morts depuis le début des troubles le 10 janvier et 49 depuis samedi, dont 18 pour la seule journée de lundi. Dans son intervention précisant les termes de l'état de siège mardi soir, le général Camara a indiqué qu'"en cas de résistance, de menace ou d'attaque, les patrouilles, en légitime défense, peuvent faire usage de leurs armes". En revanche, a-t-il tenu à souligner, "toute violence non justifiée sera sanctionnée conformément au règlement militaire". Le général Camara a également confirmé que "tous les lieux publics (...) sont fermés jusqu'à nouvel ordre" et que sont interdites "les manifestations de tout genre" et "les réunions publiques et privées", à l'exception des offices religieux. "Il reste entendu que les ports et aéroports restent ouverts au trafic", a-t-il conclu, précisant que les plans de vol des aéronefs "doivent être déposés à l'état-major des forces armées". Les Etats-Unis ont envoyé un avion en Guinée pour transporter vers le Sénégal des citoyens américains bloqués sur place. Une soixantaine d'entre eux ont débarqué à Dakar en début de soirée. Dans la banlieue de la capitale Conakry, la situation restait très tendue mardi soir. Les rues sont restées quasiment désertes pendant l'ensemble de la journée, des militaires et des blindés ayant été déployés aux points stratégiques, notamment place du 8-Novembre, point d'entrée vers le centre-ville, et près de l'aéroport. Des rafales d'armes automatiques ont retenti toute la journée en banlieue, mais plusieurs témoins ont assuré qu'il s'agissait de tirs d'intimidation. La nomination vendredi soir d'un proche du chef de l'Etat, le ministre Eugène Camara, au poste de Premier ministre, a mis le feu aux poudres dans ce pays d'Afrique de l'ouest de 9,4 millions d'habitants. Syndicats et opposition ont immédiatement rejeté cette nomination, jugeant le promu trop proche du chef de l'Etat, et repris lundi le mouvement de grève générale dans le pays en exigeant le départ immédiat du président, âgé de 72 ans, et au pouvoir depuis 23 ans.
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